L’Humain Qui Vient, conference (Le Fresnoy, nov. 2020)

Ce panel regroupe une serie d’interventions de 4 artistes. Nous avons regroupé nos interventions sous le titre « le non-humain sous 4 rapports ». Certes il peut paraître un peu curieux dans un colloque sur l’humain d’aborder la question par la négative, d’autant que le concept de non-humain a été mobilisé plusieurs fois au cours de ces journées. Mais il s’agit ici simplement de rassembler plusieurs recherches qui ont en commun d’aborder l’humain soit en convoquant ou en incorporant des entités non-humaines (dans le sens où on l’entend traditionellement), soit en créant une perspective qui révèle certaines limites de l’humain – ou plutôt de l’human-ité, entendue dans son sens littéral : le fait d’être humain.
Le non-humain dont il est question dans cet intitulé dessine ainsi en quelque sorte les contours de l’humain par l’extérieur.

Annemarie Maes travaille avec des espèces animales ou végétales et des micro-organismes, qui sont partie intégrantes de ses œuvres. Un tel mode opératoire nous questionne sur notre rapport en tant qu’humains aux autres espèces.
Gregory Chatonsky explore les capacités de l’intelligence artificielle à produire de la ressemblance à l’humain ou à ses productions, voire, hypothétiquement, à le remplacer.
Ismaël Chandoutis nous confronte à des situations qui, dans la violence perpétrée par des humains envers d’autrs humains, je pense en particulier aux films Swatted et Maalbeek, nous font nous poser cette question : en quoi participons-nous de la même humanité ?
De mon côté, j’esquisserai brièvement un quatrième point de vue qui place l’humain face des échelles de temps incommensurables à celles d’une vie humaine.
Olivier Perriquet, modérateur

AnneMarie Maes étudie les interactions au sein des écosystèmes urbains et la façon dont ils co-évoluent. A la croisée de l’art et de la science, elle porte un vif intérêt pour les technologies DIY et pour la biotechnologie. Elle travaille avec une gamme de médias numériques et traditionnels, mais incorpore également dans la réalisation de ses oeuvres des agents non humains comme les plantes, les insectes et les bactéries. Sa recherche artistique se concrétise dans des objets techno-organiques inspirés de faits réels ou fictionnels, dans des artefacts combinant fabrication numérique et artisanat, et dans des installations qui reflètent à la fois les problèmes et les solutions possibles, qui se posent dans des collaborations entre plusieurs espèces.
Sur le toit de son studio à Bruxelles, elle a créé un laboratoire en plein air et un jardin expérimental où elle étudie les processus que la nature utilise pour créer des formes. Les recherches qu’elle y mène constituent une source d’inspiration permanente pour ses œuvres. The Bee agency (l’Agence Abeille) ainsi que le Laboratoire pour la Forme et la Matière – dans lequel elle expérimente avec des bactéries et des textiles vivants – fournissent un cadre qui a inspiré un large éventail d’installations, de sculptures, d’œuvres photographiques, d’objets et de livres – tous à l’intersection de l’art, de la science et de la technologie. En 2017, elle a reçu une mention honorifique à Ars Electronica dans la catégorie Art hybride pour le projet Intelligent Guerrilla Beehive.
Sa présentation mettra en lumière 20 années de recherche et de production artistiques menées lors de travaux de terrain et de résidences d’artistes en laboratoire.


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Gregory Chatonsky travaille depuis le milieu des années 90 sur le Web et principalement sur son affectivité, en se questionnant sur l’identité et sur les nouvelles formes de narration qui émergent du réseau. À partir de 2001, il commence une série sur la dislocation, l’esthétique des ruines et de l’extinction, vus comme phénomènes artificiels et naturels. Au fil des années, il se penche sur la capacité des machines à produire de façon quasi autonome des résultats qui ressemblent à une production humaine. Ces problématiques ont trouvé leur point de convergence dans ce qu’il nomme l’imagination artificielle. Celle-ci utilise les données accumulées sur le Web comme matériau d’apprentissage afin de produire une ressemblance. Dans l’hypothèse d’une extinction de l’espèce humaine, le réseau apparait alors comme une tentative pour créer un monument par anticipation qui peristerait après notre disparition.
Gregory Chatonsky a suivi des études d’arts plastiques, de philosophie à la Sorbonne et de multimédia aux Beaux-arts de Paris. Parmi ses expositions récentes : Terre Seconde au Palais de Tokyo en 2019, Imprimer le monde en 2017 au Centre Pompidou, La condition post-photographique à Montréal en 2016. Il a également été résident à la Cité Internationale des Arts et à la Villa Kujoyama à Kyoto, et Professeur invité au Fresnoy et à l’UQAM à Montréal. Il est depuis 3 ans artiste-chercheur à l’ENS Ulm où il dirige un séminaire de recherche sur l’imagination artificielle et l’esthétique postdigitale.

Ismaël Joffroy Chandoutis est né en 1988. Il est diplômé de l’INSAS et de l’école supérieure d’art Sint-Lukas en Belgique ainsi que du Fresnoy. Il explore un cinéma à la frontière des genres et développe ce qu’il nomme une « cinématière », pratique artistique hybride entre cinéma et art contemporain.
Ses films ont ét sélectionnés et primés dans de nombreux festivals internationaux. Ils ont une approche documentaire en ce qu’ils s’appuient sur des récits intimes, et sont expérimentaux dans la forme, car il travaille très souvent avec des images qui ne sont pas produites par des caméras mais par des techniques algorithmiques, comme la photogrammétrie ou le détournement de moteurs de jeu vidéo par exemple, mais également avec du found footage, comme des images provenant de youtube ou produites par des caméras de surveillance. Ses films abordent des situations où la violence symbolique et physique sont prégnantes. Ondes noires (2017) évoque les troubles des personnes intolérantes aux radiations électromagnétiques, Swatted (2019) concerne un phénomène de cyber-harcèlement qui menace la vie des joueurs en ligne. Son film Maalbeek, créé cette année et sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes, retrace l’expérience de personnes qui ont survécu à l’attentat terroriste survenu dans le métro Bruxellois en mars 2016. Il prépare actuellement un long métrage intitulé Deep Fake, dont le titre fait référence à ces images générées par des réseaux de neurones qui sont en mesure d’usurper l’identité pour se faire prendre pour vraies.

Pour ma part : Dans une vie passée, j’étais chercheur en sciences exactes. Après un cursus en mathématiques, je me suis tourné vers la bio-informatique. J’ai mené des recherches durant plusieurs années au Centre d’Intelligence artificielle de l’Université de Lisbonne où j’ai travaillé sur l’étude de la structure des ARN, en particulier les virus à ARN (la famille des coronavirus en est un exemple). J’ai conçu et dirigé plusieurs programmes de recherche et création transdisciplinaires, visant à rapprocher ce qu’on appelle parfois les « deux cultures » : les sciences qu’on dit « dures », d’une part, et les sciences humaines et la création artistique d’autre part. En particulier un groupe de recherche qui s’est réuni ici au Fresnoy entre 2014 et 2017. J’ai également été accueilli comme artiste invité à Duke University en tant que lauréat Fulbright pour participer à la mise en place d’un département de Visual studies regroupant artistes et chercheurs scientifiques.
Mon travail se situe aujourd’hui principalement dans le champ de l’expanded cinema et mes recherches portent sur les phénomènes de vision avec un intérêt particulier pour la cohabitation de régimes de vision hétérogènes : humain et non-humains.

Link to the conference stream:

https://www.youtube.com/watch?v=vaIwhJNlEoo